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Les suppléments de calcium et la santé cardiovasculaire : sommaire des données scientifiques

Certaines méta-analyses ont démontré que les suppléments de calcium sont associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires, mais les données issues de ces analyses sont encore controversées. Ce ne serait toutefois pas le cas pour le calcium alimentaire, et les données sur les produits laitiers indiquent que ceux-ci pourraient même réduire le risque de maladies cardiovasculaires.

Faits saillants

  • Chez les femmes postménopausées, les suppléments de calcium (avec ou sans supplément de vitamine D) seraient associés à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires;
  • Le calcium alimentaire et le calcium laitier, dont les apports correspondent aux quantités recommandées dans les lignes directrices sur la nutrition, ne semblent pas être associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires;
  • Les produits laitiers en tant que tels ne seraient pas associés à un risque accru et pourraient même être associés à un risque réduit de maladies cardiovasculaires.

Introduction

Des méta-analyses récentes suggèrent que la prise de suppléments de calcium pourrait accroître le risque de maladies cardiovasculaires. Toutefois, ces conclusions sont encore controversées, et les mécanismes exacts responsables de cette relation ne sont pas encore entièrement compris. Néanmoins, le calcium alimentaire, le calcium laitier et les produits laitiers n'ont pas été associés à une hausse du risque de maladies cardiovasculaires. En fait, les données scientifiques indiquent que les produits laitiers sont associés à une réduction du risque.

Pour plus d'information sur la consommation de produits laitiers et les maladies cardiovasculaires, consultez l'article sur les maladies cardiovasculaires.

Données issues de méta-analyses

Une revue systématique et méta-analyse menée par Wang et coll. a évalué l'effet de l'apport en calcium sur le risque de maladies cardiovasculaires. Cette méta-analyse de trois études randomisées regroupant 3 861 participants a démontré que l'utilisation de suppléments de calcium était associée à une augmentation statistiquement non significative du risque de maladies cardiovasculaires, avec un risque relatif de 1,14 (IC à 95 % : 0,92-1,41)1.

D'autres méta-analyses à grande échelle menées récemment et explorant des événements cardiovasculaires spécifiques ont démontré des associations, cette fois significatives, entre les suppléments de calcium et un risque accru d'événements indésirables.

Une méta-analyse d'études randomisées effectuée en 2010 et regroupant 11 921 participants a montré que les suppléments de calcium non coadministrés avec de la vitamine D augmentaient de 30 % le risque d'infarctus du myocarde2. Aucun risque accru d'infarctus du myocarde n'a été observé chez les participants dont l'apport en calcium alimentaire était inférieur à la valeur médiane de 805 mg par jour, avec un risque relatif de 0,98 (IC à 95 % : 0,69-1,38, p = 0,01).

Une méta-analyse subséquente a été réalisée en 2011 afin d'examiner les effets de l'utilisation personnelle de suppléments de calcium sur le risque de maladies cardiovasculaires. Cette méta-analyse comprenait une nouvelle analyse de l'étude de la Women’s Health Initiative sur la supplémentation en calcium et en vitamine D (WHI CaD), une étude randomisée menée sur une période de 7 ans portant sur le calcium et la vitamine D. La WHI CaD regroupait 36 282 femmes postménopausées résidant dans la communauté. L'étude a démontré que les suppléments de calcium, avec ou sans vitamine D, augmentaient le risque d'événements cardiovasculaires (particulièrement d'infarctus du myocarde) de 16 % chez les femmes qui ne prenaient pas de suppléments de calcium au début de l’étude3. Ces résultats ont amené les chercheurs à conclure que ces données justifient que l'utilisation de suppléments de calcium chez les gens plus âgés soit réévaluée.

La Diet and Health Study du National Institutes of Health (NIH)-AARP était une étude prospective de 1995 à 1996 comprenant des hommes et des femmes des É.-U. de 50 à 71 ans. Dans une cohorte analytique de 388 229 participants, il a été démontré que l'apport en calcium alimentaire n'était pas associé à la mortalité due aux maladies cardiovasculaires chez les hommes et les femmes. Chez les hommes, mais pas chez les femmes, l'apport en calcium provenant de suppléments était associé à un risque accru de mortalité cardiovasculaire. La prise de suppléments de calcium ≥ 1 000 mg/jour comparativement à 0 mg/jour augmentait le risque de mortalité lié à toutes les maladies cardiovasculaires de 20 % et celui associé aux maladies du cœur de 19 %4.

Dans une étude de cohorte prospective longitudinale, une cohorte suédoise sur la mammographie regroupant 81 433 femmes a été suivie pendant une période médiane de 19 ans. Des apports en calcium total ≥ 1 400 mg/jour (incluant le calcium alimentaire et les suppléments de calcium) ont été associés à des taux plus élevés de mortalité toutes causes confondues, avec un risque relatif de 1,40 (IC à 95 % : 1,17-1,67), et à une mortalité cardiovasculaire plus élevée, avec un risque relatif de 1,51 (IC à 95 % : 1,23-1,84). Le calcium alimentaire n'était pas associé à la mortalité toutes causes confondues, mais des apports ≥ 1 400 mg/jour (soit supérieurs à l'apport en calcium recommandé) ont été associés à une augmentation de la mortalité due aux maladies cardiovasculaires, particulièrement chez les participants qui prenaient des suppléments5.

Une sous-étude de 2012 regroupant 23 980 participants de la cohorte Heidelberg de l'étude EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) a été effectuée dans le but d'examiner de manière prospective l'association entre l'apport en calcium alimentaire et la supplémentation en calcium et l'infarctus du myocarde, le risque d'accident vasculaire cérébral et la mortalité cardiovasculaire. Les participants étaient âgés de 35 à 64 ans et suivis pendant une période moyenne de 11 ans. Les utilisateurs de suppléments de calcium présentaient un risque accru statistiquement significatif d'infarctus du myocarde, avec un risque relatif de 1,86 (IC à 95 % : 1,17-2,96). Par ailleurs, le risque était plus marqué chez les gens utilisant seulement des suppléments de calcium. Inversement, le troisième quartile de l'apport en calcium alimentaire total et celui de l'apport en calcium laitier total étaient associés à des risques d'infarctus du myocarde significativement réduits, soit de 31 % et de 32 %, respectivement, comparativement au quartile le moins élevé6.

Dans un article de revue de littérature narrative sur les effets d’une supplémentation en calcium sur la santé cardiovasculaire, Reid et coll. ont conclu que parce que les suppléments de calcium entraînent une petite réduction du risque de fracture et une petite augmentation du risque de maladies cardiovasculaires, leur utilisation pourrait ne pas présenter d'avantage net. Cependant, puisque les sources alimentaires de calcium n'ont pas été associées à des effets indésirables sur la santé cardiovasculaire, elles pourraient être préférables7.

Selon Ostéoporose Canada8, il est préférable que les gens obtiennent leur apport recommandé en calcium à partir de sources alimentaires. Toutefois, si ce n'est pas possible, les suppléments de calcium devraient être envisagés.

Les mécanismes potentiels

La prise de suppléments de calcium entraîne à court terme une hausse du taux de calcium sérique vers les plages limites de l'hypercalcémie. Or, des taux élevés de calcium sérique ont été associés à une augmentation de l'épaisseur de la plaque carotidienne, de la probabilité de calcification de l'aorte abdominale, du risque de maladies cardiovasculaires et de la mortalité9.

L'un des mécanismes potentiels associés à cette relation est que la hausse des taux de calcium ionisé à la suite de l'ingestion entraîne une augmentation de la complexation du pyrophosphate, un inhibiteur de la calcification des tissus. Ainsi, une baisse des niveaux de pyrophosphate occasionne une diminution de l'inhibition de la minéralisation des tissus mous10.

Le calcium sérique pourrait également contribuer à une calcification vasculaire progressive par des effets directs sur les cellules du muscle lisse de la paroi vasculaire en se liant aux récepteurs qui détectent le calcium10. Par ailleurs, une augmentation des concentrations du calcium circulant réduit les niveaux de la parathormone, et il a été démontré que cette hormone inhibe les voies de signalisation artériosclérotiques dans les cellules du muscle lisse de la paroi vasculaire7.

De plus, la formation d'un caillot est une étape critique de l'infarctus du myocarde. Puisque le calcium est essentiel aux processus de coagulation et à la fonction plaquettaire, il est possible que des taux élevés de calcium sérique entraînent un état d'hypercoagulation, qui expliquerait les hausses précoces de risque d'infarctus du myocarde7.

Un autre mécanisme par lequel les concentrations plus élevées de calcium sérique pourraient avoir un impact indésirable sur la santé vasculaire est l'augmentation de la rigidité artérielle et la diminution de la vasodilatation7.

Il est à noter qu'il a également été démontré qu'une supplémentation en calcium a un effet bénéfique sur la santé cardiovasculaire. En effet, de nombreuses études ont démontré qu’une supplémentation en calcium a un effet protecteur et réduit efficacement la tension artérielle en raison du rôle du calcium dans le contrôle de la contractibilité du muscle lisse de la paroi vasculaire. Le calcium pourrait également diminuer le risque de maladies cardiovasculaires en se liant aux acides biliaires et aux acides gras et en augmentant leur excrétion, réduisant ainsi l'absorption du gras et, conséquemment, les niveaux de cholestérol sanguin. En fait, il a été démontré qu’une supplémentation en calcium augmente les taux de HDL et diminue les taux de LDL. Cependant, on n'a pas encore pu déterminer si les avantages sont dus à une supplémentation en calcium alimentaire ou non alimentaire11.

Par ailleurs, à ce jour, aucune association n'a été démontrée entre la consommation de produits laitiers et un risque accru de maladies cardiovasculaires. En fait, les données scientifiques suggèrent que les produits laitiers pourraient avoir un effet protecteur contre les maladies du cœur et les accidents vasculaires cérébraux12.

Conclusion

Des données provenant de méta-analyses indiquent que les suppléments de calcium pourraient avoir un effet indésirable sur la santé cardiovasculaire. Cependant, en ce qui concerne les quantités recommandées de calcium alimentaire ou de produits laitiers en tant que tels, cela ne semble pas être le cas. Plus de recherches sur l'effet des suppléments de calcium sur la santé vasculaire doivent être menées pour fournir des réponses plus précises.

Afin d'évaluer de manière adéquate les risques potentiels des suppléments de calcium sur les événements cardiovasculaires, d'autres études auprès de différents groupes de la population sont également requises. De plus, des études visant à clarifier les mécanismes par lesquels les suppléments de calcium ont un impact sur la santé cardiovasculaire devront aussi être effectuées.

Références

  1. Wang L et coll. Calcium intake and risk of cardiovascular disease: a review of prospective studies and randomized clinical trials. Am J Cardiovasc Drugs 2012;12(2):105-16.
  2. Bolland MJ et coll. Effect of calcium supplements on risk of myocardial infarction and cardiovascular events: meta-analysis. BMJ 2010;341:c3691.
  3. Bolland MJ et coll. Calcium supplements with or without vitamin D and risk of cardiovascular events: reanalysis of the Women's Health Initiative limited access dataset and meta-analysis. BMJ 2011;342:d2040.
  4. Xiao Q et coll. Dietary and supplemental calcium intake and cardiovascular disease mortality: The National Institutes of Health-AARP Diet and Health Study. JAMA Intern Med 2013;1-8.
  5. Michaëlsson K et coll. Long term calcium intake and rates of all cause and cardiovascular mortality: community based prospective longitudinal cohort study. BMJ 2013;346:f228.
  6. Li K et coll. Associations of dietary calcium intake and calcium supplementation with myocardial infarction and stroke risk and overall cardiovascular mortality in the Heidelberg cohort of the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition study (EPIC-Heidelberg). Heart 2012;98(12):920-5.
  7. Reid IR et coll. Cardiovascular effects of calcium supplementation. Osteoporos Int 2011;22(6):1649-58.
  8. Comment choisir un supplément [En ligne], Toronto (ON), Ostéoporose Canada, 2011 [cité le 17 novembre 2011]. Consultez : http://www.osteoporosecanada.ca/losteoporose-et-vous/la-nutrition/les-supplements/.
  9. Reid IR et coll. Calcium supplementation: balancing the cardiovascular risks. Maturitas 2011;69(4):289-95.
  10. Reid IR et coll. Does calcium supplementation increase cardiovascular risk? Clin Endocrinol (Oxf) 2010;73(6):689-95.
  11. Guessous I et coll. Calcium, vitamin D and cardiovascular disease. Kidney Blood Press Res 2011;34(6):404-17.
  12. Elwood PC et coll. The survival advantage of milk and dairy consumption: an overview of evidence from cohort studies of vascular diseases, diabetes and cancer. J Am Coll Nutr 2008;27(6):723S-34S.

Mots-clé(s) : suppléments de calcium, maladies cardiovasculaires, calcium

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