Les produits laitiers et les calculs rénaux
Des données issues d’études de cohortes prospectives, d’essais randomisés et de revues systématiques indiquent que les produits laitiers, et particulièrement le calcium alimentaire, pourraient réduire le risque de développer des calculs rénaux.
Sommaire
Les mécanismes par lesquels les produits laitiers pourraient moduler le risque de développer des calculs rénaux ont été bien définis. Le mécanisme principal concerne l'équilibre entre le calcium et l’oxalate dans l'urine. Un apport plus faible en calcium peut entraîner une plus grande concentration d'oxalate urinaire et ainsi provoquer la formation de calculs rénaux. Les composantes contenues dans les produits laitiers qui pourraient jouer un rôle important comprennent :
- le calcium,
- le potassium,
- le magnésium,
- l’eau.
Les données scientifiques
Dans le cadre d’une revue systématique publiée en 2008, Robert P. Heaney résume de la façon suivante les recherches effectuées à ce jour sur la supplémentation en calcium et sur l’incidence de calculs rénaux 1 :
- Plusieurs rapports indiquent qu’aux États-Unis, il y a eu une augmentation de la prévalence de coliques néphrétiques chez les femmes au cours des 40 dernières années;
- Le risque d'avoir un calcul rénal au cours de sa vie est estimé à 12 % chez les hommes et à 7 % chez les femmes;
- En Amérique du Nord, dans environ 74 % des cas, les calculs rénaux sont composés d'oxalate de calcium;
- L’oxalate urinaire constituerait un facteur de risque plus important que le calcium urinaire pour ce qui est du développement des calculs rénaux;
- La plupart des études populationnelles sont fondées sur les sources alimentaires de calcium, alors que la plupart des essais cliniques sont fondés sur les suppléments;
- Un apport plus important en calcium, provenant d’aliments ou de suppléments, a tendance à réduire le risque de développer des calculs rénaux;
- Des données issues de 12 essais randomisés indiquent que la prise de suppléments de calcium allant jusqu’à 2000 mg/jour n’augmente pas le risque de calculs rénaux;
- Plusieurs études d’observation portant à la fois sur l’incidence et la prévalence démontrent des résultats similaires;
- Une seule étude randomisée (le volet portant sur le calcium de l’étude Women's Health Initiative) a démontré un risque accru lié à une plus importante supplémentation en calcium, mais cette observation a fait l’objet de plusieurs critiques, notamment en raison de l’autodéclaration des calculs rénaux par les participantes;
- Globalement, les données scientifiques disponibles ne permettent pas d’établir un lien causal entre l’apport en calcium et les calculs rénaux en ce qui concerne tant les suppléments de calcium que celui provenant des aliments.
Une étude randomisée effectuée dur une période de cinq ans comparant l’effet de deux diètes (un apport en calcium normal vs un faible apport) chez 120 hommes souffrant de calculs d'oxalate de calcium récurrents et d'hypercalciurie a indiqué une réduction significative de 51 % du risque de récurrence (RR = 0,49; IC à 95 % : 0,24-0,98, ptendance = 0,04) pour ce qui est de la diète avec un apport en calcium normal par rapport à celle avec un faible apport en calcium2.
Une étude de cohorte prospective menée sur une période de huit ans portant sur les facteurs alimentaires et les risques d’incidence de calculs rénaux chez 96 245 participantes de la Nurses’ Health Study II (âgées de 27 à 44 ans) a indiqué ce qui suit3 :
- Le risque relatif multivarié chez les femmes appartenant au quintile le plus élevé d’apport en calcium alimentaire était de 0,73 comparativement à celui des femmes appartenant au quintile le moins élevé, ce qui représente une réduction de 27 % de l'incidence de calculs rénaux (IC à 95 %, 0,59-0,90, ptendance = 0,007),;
- Les suppléments de calcium n'étaient pas associés à un risque d’incidence de calculs rénaux;
- L’apport en phytate était associé à un risque réduit. Le risque relatif pour le quintile le plus élevé d’apport en phytate était de 0,63 (IC à 95 % : 0,51-0,78) comparativement au risque relatif pour le quintile le moins élevé;
- Des apports plus élevés en protéines d'origine animale et en liquides offraient également un effet protecteur, tandis que des apports plus élevés en sucrose étaient associés à un risque accru :
- protéines d'origine animale = RR = 0,84 (IC à 95 % : 0,68 à 1,04), ptendance = 0,05;
- liquides = RR = 0,68 (IC à 95 % : 0,56 à0,83), ptendance < 0,01;
- sucrose = RR = 1,31 (IC à 95 %: 1,07 à 1,60), ptendance = 0,01.
- Les apports en sodium, en potassium et en magnésium n'étaient pas associés de façon indépendante au risque de calculs rénaux après ajustement pour d’autres facteurs alimentaires.
Une autre étude de cohorte prospective comportant une période de suivi de 12 ans et regroupant 91 731 femmes de 34 à 59 ans faisant partie de la Nurses’ Health Study I a démontré que4 :
- Après ajustement pour des facteurs de risque potentiels, l’apport en calcium alimentaire était associé inversement au risque de développer des calculs rénaux, tandis que les suppléments de calcium étaient associés positivement à ce risque;
- Le risque relatif de formation de calculs chez les femmes appartenant au quintile le plus élevé d’apport en calcium alimentaire était de 0,65 (IC à 95 % : 0,50 à 0,83), comparativement à celui des femmes appartenant au quintile le moins élevé;
- Le risque relatif chez les femmes prenant des suppléments de calcium était de 1,20 (IC à 95 % : 1,02 à 1,41), comparativement à celui des femmes n’en prenant pas;
- D’autres facteurs alimentaires ont démontré les risques relatifs suivants chez les femmes appartenant au quintile le plus élevé d’apport en calcium par rapport à celles appartenant au quintile le moins élevé : sucrose = 1,52 (IC à 95 % : 1,18 à 1,96),
- sodium = 1,30 (IC à 95 % : 1,05 à 1,62),
- liquides = 0,61 (IC à 95 % IC : 0,48 à 0,78),
- potassium = 0,65 (IC à 95 % : 0,51 à 0,84).
De façon similaire, une autre étude de cohorte prospective menée auprès de 45 619 hommes de 40 à 75 ans a indiqué ce qui suit après une période de suivi de 14 ans5 :
- Le risque relatif parmi le groupe appartenant au quintile le plus élevé d'apport en calcium était de 0,69 par rapport au quintile le moins élevé; ce qui représente une réduction de 31 % du risque (IC à 95 % : 0,56 à 0,87, ptendance = 0,01);
- Ce risque était atténué à 0,83 après des ajustements additionnels pour d'autres facteurs confondants potentiels comme l’IMC, l’utilisation de diurétiques thiaziques, les suppléments de calcium, les protéines d'origine animale, le potassium, le sodium, la vitamine C, le magnésium, l'alcool et les liquides;
- Le risque relatif associé aux autres facteurs alimentaires était : potassium = 0,54; magnésium = 0,71; liquides = 0,71; et protéines d'origine animale = 1,38. Le sodium, le phosphore, le sucrose, les phytates, la vitamine B6, la vitamine D et les suppléments de calcium n'ont pas été associés de façon indépendante à ce risque.
Les mécanismes potentiels
L’anomalie du métabolisme la plus commune associée aux calculs rénaux est l’hypercalciurie. Toutefois, l’oxalate urinaire constituerait un facteur de risque plus important que le calcium urinaire dans le développement de calculs rénaux1. En effet, une grande partie du calcium ingéré n’est pas absorbé par l’intestin et y demeure. Le calcium forme alors un complexe avec l’oxalate dans l’intestin, qui empêche son absorption, ce qui en retour réduit la quantité d'oxalate dans les reins2.
Plusieurs autres facteurs ont été associés à un risque accru de développer des calculs rénaux, entre autres une consommation élevée d’aliments contenant de l’oxalate, de protéines et de sel, et de faibles apports en liquides, en fibres, en potassium, en magnésium et en phosphate1.
Conclusions
Des données scientifiques fiables indiquent que des apports plus élevés en produits laitiers et en calcium n’augmentent pas le risque de développer des calculs rénaux et pourraient même contribuer à en réduire le risque.
Des études randomisées portant sur une consommation élevée versus faible de produits laitiers et sur des apports en calcium alimentaire versus en suppléments de calcium doivent être menées afin d'apporter des réponses plus définitives.
Références
- Heaney RP. Calcium supplementation and incident kidney stone risk: a systematic review. J Am Coll Nutr 2008;27(5):519-527.
- Borghi L et coll. Comparison of two diets for the prevention of recurrent stones in idiopathic hypercalciuria. N Engl J Med 2002;346:77-84.
- Curhan GC et coll. Dietary factors and the risk of incident kidney stones in younger women. Arch Int Med 2004;164:885-891.
- Curhan GC et coll. Comparison of dietary calcium with supplemental calcium and other nutrients as factors affecting the risk for kidney stones in women. Ann Int Med 1997;126:497-504.
- Taylor EN et coll. Dietary factors and the risk of incident kidney stones in men: new insights after 14 years of follow-up. J Am Soc Nephrol 2004;15:3225-3232.
Mots-clé(s) : études randomisées, revue systématique, calcium urinaire, oxalate de calcium, calculs rénaux, calcium, oxalate
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