Retour à « Cancer »

Cancer du côlon

Des données provenant d’études de cohortes prospectives à grande échelle et de méta-analyses suggèrent que le lait et les produits laitiers auraient un effet protecteur contre le cancer colorectal.

Sommaire

Les éléments contenus dans les produits laitiers qui pourraient être responsables de ces effets bénéfiques comprennent : le calcium, la vitamine D, l’acide butyrique, les sphingolipides et les acides linoléiques conjugués (ALC). L’impact de ces éléments peut différer d’un site à l’autre du côlon et du rectum. Toutefois, il a été démontré que les effets sur le côlon sont plus importants.

Les données scientifiques

Selon le rapport du Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer et de l’American Institute for Cancer Research portant sur le rôle de l’alimentation et du mode de vie sur la prévention du cancer, il existe suffisamment de données pour conclure que le lait a probablement un effet protecteur contre le cancer colorectal1.

Une méta-analyse menée en 2009 et regroupant 60 études épidémiologiques menée auprès d’hommes et de femmes adultes a également conclu qu’une consommation élevée de produits laitiers réduisait le risque de cancer du côlon2. Le risque relatif (RR) comparant la consommation la plus élevée de produits laitiers à la plus faible a été calculé. Les données ont démontré que, chez les participants ayant une consommation élevée en lait (de tous types), présentaient, en moyenne une réduction significative du risque de cancer du côlon de 22 %2. Quant aux autres produits, la réduction du risque de cancer du côlon était de 16 % et significative2.

De façon similaire, une étude de cohorte prospective regroupant plus de 36 000 hommes et femmes adultes (de 50 à 71 ans) a démontré que les produits laitiers ainsi que le calcium alimentaire total réduisaient significativement le risque de cancer colorectal, tant chez les femmes que chez les hommes3. Le risque relatif calculé en comparant le quintile de consommation de produits laitiers le plus élevé au quintile le moins élevé était de 0,72 (ptendance < 0,01) chez les femmes et de 0,85 (ptendance = 0,01) chez les hommes3.

Une analyse rassemblant 10 études de cohorte prospective réalisées dans cinq pays a démontré qu’une consommation plus élevée de lait (à pleine et à teneur réduite en gras), de calcium alimentaire et de calcium total (provenant des aliments et des suppléments) est associée à un risque plus faible de cancer colorectal4. Ces études ont examiné les habitudes de consommation de produits laitiers de 534 536 participants durant une période de suivi variant de 6 à 16 ans. Les données ont révélé ce qui suit :

  • les personnes qui buvaient au moins un verre de lait (250 ml) par jour couraient 15 % moins de risque de cancer colorectal que celles qui buvaient peu (< 70 ml/jour) ou pas de lait (ptendance < 0,001);
  • chaque augmentation de la consommation de lait de 500 ml par jour (environ deux verres) était associée à une réduction de 12 % du risque de cancer colorectal;
  • l‘association inverse entre la consommation de lait et le risque de cancer colorectal se limitait à des cancers du côlon distal et du rectum;
  • les auteurs ont de plus mesuré les effets indépendants de l’apport en calcium et en vitamine D et ont observé que le risque relatif était plus faible (RR = 0,74) chez les personnes ayant l’apport en calcium et en vitamine D le plus élevé par rapport à celles ayant le plus faible apport de ces deux nutriments.

Les études réalisées jusqu’à maintenant l’ont été dans un contexte typique d’habitudes alimentaires et de mode de vie occidentaux. Des résultats publiés en 2009 provenant d’une étude de cohorte prospective à grande échelle regroupant 73 224 femmes (de 40 à 70 ans) provenant de sept communautés urbaines de Shanghai, en Chine, ont une fois de plus révélé que la consommation de lait était inversement et significativement associée, au risque de cancer du côlon (RR = 0,8, ptendance = 0,05). Or, l’incidence de ce cancer s’accroît rapidement dans ce pays5. En outre, aucune association n’a été observée entre la consommation de viande et de matières grasses et le risque de cancer colorectal5.

Jusqu’ici, les données scientifiques suggèrent un effet différentiel à différents sites colorectaux. Par exemple, dans une cohorte formée d’hommes suédois, le lait constituait le produit laitier ayant l ‘impact le plus fort sur le risque de cancer colorectal, et le côlon distal était le site le plus touché (RR = 0,53, p = 0,01). Le calcium alimentaire avait un effet différent de celui des produits laitiers. En effet, le calcium alimentaire avait un impact sur le rectum et possiblement le côlon proximal), alors que les produits laitiers totaux avaient un effet ciblé sur le côlon proximal tandis que le lait, la crème sure et la crème agissaient sur le côlon distal4. Le lien entre les produits laitiers en général et le risque de cancer du côlon semblait n’être expliqué qu’en partie par le calcium, ce qui indique que d’autres composantes pourraient aussi jouer un rôle.

Les mécanismes potentiels

Les mécanismes par lesquels les produits laitiers et/ou leurs composantes réduisent le risque de cancer du côlon demeurent incertains. Cependant, les chercheurs croient que plusieurs composantes contenues dans les produits laitiers seraient impliqués, notamment7 :

  • le calcium,
  • la vitamine D,
  • l’acide butyrique,
  • les sphingolipides,
  • les probiotiques,
  • les acides linoléiques conjugués (ALC), retrouvés dans le gras du lait.

Une étude randomisée à double insu avec placebo regroupant 803 hommes et femmes (âge moyen de 61 ans) effectuée sur une période de quatre ans a démontré qu’une supplémentation en calcium et l’état nutritionnel en vitamine D semblent agir en synergie afin de réduire le risque de récurrence d'adénome colorectal8.

Une étude menée à l'aide des données de la Swedish Mammography Cohort (n = 60 708 femmes de 40 à 76 ans) a démontré une relation inverse entre les produits laitiers et le risque de cancer colorectal, particulièrement celui du côlon distal8. Le gras laitier, qui contient des ALC, semblait représenter le facteur important, et la consommation de fromage (qui constituait la moitié de la consommation de produits laitiers dans cette étude) entraînait le risque de cancer colorectal plus faible9.

  • Après avoir effectué une analyse multivariée, les auteurs ont observé que les femmes qui consommaient quotidiennement 4 portions ou plus de produits laitiers à pleine teneur en gras étaient significativement moins sujettes à développer un cancer colorectal, comparativement à celles qui en consommaient moins de 1 portion;
  • Chaque augmentation quotidienne de deux portions de produits laitiers à pleine teneur en gras correspondait à une réduction de 13 % du risque de cancer colorectal et à une réduction de 34 % du risque de cancer du côlon distal;
  • L’apport en ALC était associé significativement à une réduction du risque de cancer colorectal, et cette association était particulièrement marquée pour ce qui est du cancer du côlon distal;
  • Ces réductions se sont maintenues après avoir contrôlé pour les apports en calcium et en vitamine D.

Conclusions

Il existe des données scientifiques fiables et cohérentes pour suggérer que le lait et les produits laitiers pourraient réduire le risque de cancer du côlon.

Des études randomisées et des études mécanistes sont nécessaires afin que l’on puisse obtenir des réponses définitives.

Références

  1. Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer et American Institute for Cancer Research. Food, nutrition, physical activity, and the prevention of cancer: a global perspective. Washington DC: AICR, 2007.
  2. Huncharek M et coll. Colorectal cancer risk and dietary intake of calcium, vitamin D, and dairy products: a meta-analysis of 26,335 cases from 60 observational studies. Nutr Cancer 2009;61(1):47-69.
  3. Park Y et coll. Dairy food, calcium, and risk of cancer in the NIH-AARP diet and health study. Arch Intern Med 2009;169(4):391-401.
  4. Cho E et coll. Dairy foods, calcium, and colorectal cancer: a pooled analysis of 10 cohort studies. J Natl Cancer Inst 2004;96(13):1015-22.
  5. Lee SA et coll. Animal origin foods and colorectal cancer risk: a report from the Shanghai Women’s Health Study. Nutrition and Cancer 2009;61(2):194-205.
  6. Larsson SC et coll. Calcium and dairy food intakes are inversely associated with colorectal cancer risk in the Cohort of Swedish Men. Am J Clin Nutr 2006;83(3):667-73.
  7. Pufulete M. Intake of dairy products and risk of colorectal neoplasia. Nutr Res Rev 2008;21(1):56-67.
  8. Grau MV et coll. Vitamin D, calcium supplementation, and colorectal adenomas: results of a randomized trial. J Natl Cancer Inst 2003;95(23):1765-71.
  9. Larsson SC et coll. High fat diary food and conjugated linoleic acid intakes in relation to colorectal cancer in the Swedish Mammography Cohort. Am J Clin Nutr 2005;82(4):894-900.

Mots-clé(s) : cancer du côlon, prévention du cancer

Vous aimerez aussi...

  • Les produits laitiers et la prévention du cancer du côlon

    Le cancer du côlon est le troisième cancer le plus fréquent chez les hommes et les femmes et la deuxième principale cause de mortalité dans le monde occidental. En 2009, au Canada, on estime à 22 000 le nombre de personnes qui seront atteintes d’un cancer du côlon (12 100 hommes...

    En savoir plus
  • Vitamine D et cancer

    En 2010, une importante revue systématique a conclu ce qui suit relativement à la vitamine D et le cancer : Toutes les causes de cancer Deux études randomisées et une analyse de la base de données de la NHANES (deux publications) ont évalué cette association;Les deux études...

    En savoir plus
  • Educational Materials Educational Materials Educational Materials
    Matériel éducatif

    Vous avez besoin de ressources éducatives dans le cadre de votre travail? Téléchargez des copies en ligne ou commandez des versions imprimées gratuitement.

    Faire une demande
  • Newsletter
    Infolettre

    Chaque mois, des articles intéressants sont publiés dans notre infolettre NutriNouvelles. Inscrivez-vous dès aujourd'hui pour demeurer au courant des recherches et données scientifiques les plus récentes.

    Abonnez-vous


Taille du texte
Chargement...