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Les suppléments de calcium et le risque de maladies cardiovasculaires
Des données scientifiques issues de méta-analyses indiquent que les suppléments de calcium sont associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires. Ce ne serait toutefois pas le cas pour le calcium alimentaire, et les données liées aux produits laitiers indiquent en fait que ceux-ci pourraient même réduire le risque de maladies cardiovasculaires.
Introduction
Des méta-analyses réalisées en 2010 et 2011 indiquent que la prise de suppléments de calcium accroît le risque de maladies cardiovasculaires. Toutefois, ces conclusions sont encore controversées, et les mécanismes exacts responsables de cette relation ne sont pas encore entièrement compris. Néanmoins, le calcium alimentaire et les produits laitiers n'ont pas été associés à une hausse du risque de maladies cardiovasculaires. En fait, les données scientifiques indiquent que les produits laitiers sont associés à une réduction du risque.
Pour plus d'information sur la consommation de produits laitiers et les maladies cardiovasculaires, consultez l'article sur les maladies cardiovasculaires.
Données issues de méta-analyses
Une méta-analyse d'études randomisées effectuée en 2010 et regroupant 11 921 participants a montré que les suppléments de calcium non coadministrés avec de la vitamine D augmentait de 30 % le risque d'infarctus du myocarde1.
Aucun risque accru d'infarctus du myocarde n'a été observé chez les participants dont l'apport en calcium alimentaire était inférieur à la valeur médiane de 805 mg par jour, avec un risque relatif de 0,98 (IC à 95 % : 0,69-1,38, p = 0,01).
Une méta-analyse subséquente a été réalisée en 2011 afin d'examiner les effets de l'utilisation personnelle de suppléments de calcium sur le risque de maladies cardiovasculaires. Cette méta-analyse comprenait une nouvelle analyse de l'étude de la Women’s Health Initiative sur la supplémentation en calcium et en vitamine D (WHI CaD), une étude randomisée menée sur une période de 7 ans portant sur le calcium et la vitamine D. La WHI CaD regroupait 36 282 femmes postménopausées résidant dans la communauté. Les auteurs de l’étude ont conclu que les suppléments de calcium, avec ou sans vitamine D, augmentait légèrement le risque d'événements cardiovasculaires (particulièrement d'infarctus du myocarde) de 16 %, chez les femmes ne prenant pas de suppléments de calcium au début de l’étude2. Ces résultats ont amené les chercheurs à conclure que « ces données justifient que l'utilisation de suppléments de calcium chez les gens plus âgés soit réévaluée ».
Dans un article de revue de littérature sur les effets d’une supplémentation en calcium sur la santé cardiovasculaire, Reid et coll. ont conclu que parce que les suppléments de calcium entraînent une petite réduction du risque de fracture et une petite augmentation du risque de maladies cardiovasculaires, leur utilisation pourrait ne pas présenter d'avantage net. Cependant, puisque les sources alimentaires de calcium n'ont pas été associées à des effets indésirables sur la santé cardiovasculaire, elles pourraient être préférables3.
Selon Ostéoporose Canada4 : « Il est préférable que les gens obtiennent leur apport recommandé en calcium à partir de sources alimentaires. Toutefois, si ce n'est pas possible, les suppléments de calcium devraient être envisagés. »
Les mécanismes potentiels
La prise de suppléments de calcium entraîne à court terme une hausse du taux de calcium sérique vers les plages limites de l'hypercalcémie. Or, des taux élevés de calcium sérique ont été associés à une augmentation de l'épaisseur de la plaque carotidienne, de la probabilité de calcification de l'aorte abdominale, du risque de maladies cardiovasculaires et de mortalité5.
L'un des mécanismes potentiels associés à cette relation est que la hausse des taux de calcium ionisé à la suite de l'ingestion entraîne une augmentation de la complexation du pyrophosphate, un inhibiteur de la calcification des tissus. Ainsi, une baisse des niveaux de pyrophosphate occasionne une diminution de l'inhibition de la minéralisation des tissus mous6.
Le calcium sérique pourrait également contribuer à une calcification vasculaire progressive par des effets directs sur les cellules du muscle lisse de la paroi vasculaire en se liant aux récepteurs qui détectent le calcium6. Par ailleurs, une augmentation des concentrations du calcium circulant réduit les niveaux de la parathhotmone, et il a été démontré que cette hormone inhibe les voies de signalisation artériosclérotiques dans les cellules du muscle lisse de la paroi vasculaire3.
De plus, la formation d'un caillot est une étape critique de l'infarctus du myocarde. Puisque le calcium est essentiel aux processus de coagulation et à la fonction plaquettaire, il est possible que des taux élevés de calcium sérique entraînent un état d'hypercoagulation, qui expliquerait les hausses précoces de risque d'infarctus du myocarde3.
Un autre mécanisme par lequel les concentrations plus élevées de calcium sérique pourraient avoir un impact indésirable sur la santé vasculaire est l'augmentation de la rigidité artérielle et la diminution de la vasodilatation3.
Il est à noter qu'il a également été démontré qu'une supplémentation en calcium a un effet bénéfique sur la santé cardiovasculaire. En effet, de nombreuses études ont démontré qu’une supplémentation en calcium a un effet protecteur et réduit efficacement la tension artérielle en raison du rôle du calcium dans le contrôle de la contractibilité du muscle lisse de la paroi vasculaire. Le calcium pourrait également diminuer le risque de maladies cardiovasculaires en se liant aux acides biliaires et aux acides gras et en augmentant leur excrétion, réduisant ainsi l'absorption du gras et, conséquemment, les niveaux de cholestérol sanguin. En fait, il a été démontré qu’une supplémentation en calcium augmente les taux de HDL et diminue les taux de LDL. Cependant, on n'a pas encore pu déterminer si les avantages sont dus à une supplémentation en calcium alimentaire ou non alimentaire7.
Par ailleurs, à ce jour, aucune association n'a été démontrée entre la consommation de produits laitiers et un risque accru de maladies cardiovasculaires. En fait, les données scientifiques suggèrent que les produits laitiers pourraient avoir un effet protecteur contre les maladies du cœur et les accidents vasculaires cérébraux8.
Conclusion
Des données provenant de méta-analyses indiquent que les suppléments de calcium pourraient avoir un effet indésirable sur la santé cardiovasculaire. Cependant, en ce qui concerne le calcium obtenu par l'entremise d'aliments ou de produits laitiers en tant que tels, cela ne semble pas être le cas. Plus de recherches sur l'effet des suppléments de calcium sur la santé vasculaire doivent être menées pour fournir des réponses plus précises.
Afin d'évaluer de manière adéquate les risques potentiels des suppléments de calcium sur les événements cardiovasculaires, d'autres études auprès de différents groupes de la population sont également requises. De plus, des études visant à clarifier les mécanismes par lesquels les suppléments de calcium ont un impact sur la santé cardiovasculaire devront aussi être effectuées.
Références
- Bolland MJ et coll. Effect of calcium supplements on risk of myocardial infarction and cardiovascular events: meta-analysis. BMJ 2010;341:c3691.
- Bolland MJ et coll. Calcium supplements with or without vitamin D and risk of cardiovascular events: reanalysis of the Women's Health Initiative limited access dataset and meta-analysis. BMJ 2011;342:d2040.
- Reid IR et coll. Cardiovascular effects of calcium supplementation. Osteoporos Int 2011;22(6):1649-58.
- Comment choisir un supplément [En ligne]. Toronto (ON): Ostéoporose Canada; 2011 [consulté le 17 novembre 2011]. Disponible au : http://www.osteoporosecanada.ca/index.php/ci_id/5534/la_id/2.htm.
- Reid IR et coll. Calcium supplementation: balancing the cardiovascular risks. Maturitas 2011;69(4):289-95.
- Reid IR et coll. Does calcium supplementation increase cardiovascular risk? Clin Endocrinol (Oxf) 2010;73(6):689-95.
- Guessous I et coll. Calcium, vitamin D and cardiovascular disease. Kidney Blood Press Res 2011;34(6):404-417.
- Elwood PC et coll. The survival advantage of milk and dairy consumption: an overview of evidence from cohort studies of vascular diseases, diabetes and cancer. J Am Coll Nutr 2008;27(6):723S-734S.
Mots-clé(s) : suppléments de calcium, maladie cardiovasculaire
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