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Maladies cardiovasculaires

À ce jour, les données scientifiques ne permettent pas d'établir un lien entre la consommation de produits laitiers et un risque accru de maladies cardiovasculaires.

Sommaire

En fait, les données en émergence suggèrent plutôt que les produits laitiers pourraient avoir un effet sur la prévention des maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Bien que les mécanismes exacts grâce auxquels les produits laitiers pourraient présenter de tels avantages doivent être élucidés, des données scientifiques très fiables permettent d'établir un lien entre la consommation de produits laitiers et la prévention et la gestion de l'hypertension, du syndrome métabolique, du diabète de type 2 et de l’obésité – facteurs de risque clés des maladies cardiovasculaires. Plusieurs caractéristiques des produits laitiers pourraient jouer un rôle, y compris leur faible indice glycémique et le fait qu'ils contiennent les composantes suivantes :

  • le calcium,
  • la vitamine D,
  • la vitamine K2,
  • les peptides bioactifs.

Les données scientifiques

Une revue systématique avec méta-analyse comportant 15 études de cohorte prospective comptant plus de 600 000 participants a permis de constater que, dans l’ensemble, les participants ayant rapporté boire le plus de lait présentaient une réduction d'environ 10 % à 15 % de l’incidence de maladies cardiaques comparativement à ceux ayant rapporté en boire le moins1. De plus, le risque global d’infarctus du myocarde associé à la consommation de lait provenant de quatre études cas-témoin était de 0,83. Dans la majorité des études analysées, le lait consommé était du lait entier1.

Selon une revue des données issues d’un symposium scientifique portant sur le rôle des produits laitiers, et plus particulièrement celui du gras laitier, sur les maladies cardiovasculaires, il n’existe aucune donnée précise selon laquelle la consommation de produits laitiers serait associée de façon constante à un risque accru de maladies cardiovasculaires2. La liste suivante présente certaines des conclusions clés de ce symposium :

  • Bien que les produits laitiers à teneur plus élevée en matières grasses contiennent des gras saturés, les données provenant d'études de cohorte prospective ne démontrent pas invariablement qu'il existe une relation directe entre la consommation de produits laitiers et le risque de maladies cardiovasculaires;
  • Certaines études ont révélé que les produits laitiers fermentés, tout particulièrement le yogourt, abaissent la concentration plasmique de cholestérol LDL. Toutefois, plus d’études doivent être réalisées afin de tirer des conclusions définitives;
  • L’une des propriétés établies du gras laitier, si on le compare aux huiles polyinsaturées, est qu’il augmente les concentrations plasmiques de cholestérol HDL, ce qui confère un effet protecteur;
  • Les données issues d’essais cliniques et d’études épidémiologiques ne permettent pas d'établir de lien indépendant entre les gras saturés et le risque de maladies cardiovasculaires;
  • Des études émergentes indiquent que la consommation de produits laitiers a un effet sur la suppression de l’inflammation et du stress oxydatif, facteurs étiologiques clés reconnus pour leur rôle dans le développement de l’athérosclérose et des maladies cardiovasculaires.

Une autre revue systématique des données appuyant un lien causal entre les facteurs alimentaires et les maladies coronariennes démontre qu’il n’existe aucune association significative entre un risque accru de maladies coronariennes et les éléments suivants3 :

  • le gras saturé,
  • le gras total,
  • la viande,
  • les œufs,
  • les produits laitiers.

La liste suivante présente d’autres conclusions importantes de cette revue systématique :

  • Il n’existe aucune association entre un modèle alimentaire occidental et les maladies coronariennes;
  • Il existe une forte association entre un modèle alimentaire méditerranéen (qui comprend du fromage et du yogourt) et un risque réduit de maladies coronariennes;
  • Il existe des données fiables confirmant plusieurs facteurs protecteurs, comprenant les légumes, les noix et une alimentation de type méditerranéenne;
  • Il existe des données fiables confirmant certains facteurs dommageables tels que les acides gras trans et les aliments à indice glycémique élevé.

Les auteurs d’une autre revue systématique regroupant 10 études de cohorte prospective dont l’objectif principal était d’évaluer le rôle du lait ou du calcium laitier sur les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux ont conclu que la consommation de lait est associée à une légère réduction, néanmoins notable, de maladies cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux4. Une estimation regroupant les cotes relatives des participants ayant la consommation la plus élevée comparativement à ceux ayant la consommation la moins élevée était de 0,87 pour les maladies cardiaques ischémiques et de 0,83 pour les accidents vasculaires cérébraux ischémiques. Le rapport de cotes pour tous les événements vasculaires était de 0,844.

L’étude de cohorte Caerphilly, une étude prospective comptant 2 512 hommes du pays de Galles du Sud (de 45 à 59 ans au moment de la sélection et ayant fait l’objet d’un suivi d’une durée de 20 à 24 ans) a démontré que la consommation de produits laitiers n’était pas associée à un risque accru de maladies vasculaires5. Des données tirées d’un sous-échantillon de ces participants (n = 665), qui tenaient un journal alimentaire de sept jours en indiquant le poids des aliments consommés (une méthode plus fiable pour estimer l’apport alimentaire), ont aussi confirmé qu’aucune donnée scientifique n’appuie la présence d’une association entre la consommation de produits laitiers et un risque accru de maladies vasculaires. De plus, les participants dont la consommation de lait était équivalente ou supérieure à la valeur médiane présentaient un risque significativement réduit d'accidents vasculaires cérébraux ischémiques et possiblement un risque réduit de maladies cardiaques ischémiques6.

Une étude de cohorte prospective portant sur 5 765 hommes de l'ouest de l'Écosse âgés de 35 à 64 ans au début de l'étude a examiné l'association entre la consommation de lait, les maladies coronariennes et la mortalité. Les données issues de cette étude ne suggèrent pas que les hommes qui consomment quotidiennement du lait à pleine teneur en matières grasses ont un risque plus élevé de mortalité à la suite d'une maladie coronarienne ou de toutes causes confondues7.

En revanche, les données de la Nurses’ Health Study, une étude de cohorte prospective regroupant 121 700 infirmières, indiquent que la consommation de lait entier est associée significativement à un risque accru de maladies coronariennes, tandis que la consommation de lait écrémé est associée à un risque plus faible8.

L'étude randomisée à grande échelle Dietary Approaches to Stop Hypertension (DASH) a indiqué une réduction significative et marquée de la tension artérielle lorsqu'une consommation adéquate de produits laitiers (y compris de quelques produits laitiers à teneur plus élevée en gras tels que le fromage) est incluse dans le cadre d’une alimentation saine9. Elle a également démontré une réduction significative des taux sériques d'homocystéine, un facteur de risque indépendant de maladies cardiaques10, ainsi qu'une réduction des taux de cholestérol LDL et total11. L'ampleur de la réduction de la tension artérielle obtenue avec la diète DASH pourrait se traduire par une réduction de 15 % des maladies cardiaques ischémiques et de 27 % des accidents vasculaires cérébraux9.

Une étude prospective, publiée en 2009, regroupant 36 019 femmes faisant partie de la Swedish Mammography Cohort a démontré que les participants qui avaient une alimentation se rapprochant de la diète DASH réduisaient significativement le risque d’insuffisance cardiaque. En effet, après ajustement pour les variables confondantes, les participantes des quartiles supérieurs ayant un modèle alimentaire similaire à la diète DASH présentaient une incidence réduite de 37 % d’insuffisance cardiaque comparativement à ceux appartenant aux quartiles inférieurs (ptendance <0,001)12.

Les mécanismes potentiels

Les mécanismes par lesquels les produits laitiers pourraient moduler le risque de maladies cardiovasculaires demeurent incertains. Cependant, plusieurs de leurs caractéristiques et composantes pourraient être impliquées.

En effet, le calcium pourrait exercer un rôle par l'intermédiaire de son effet sur l'hypertension, le poids, la masse adipeuse et le taux de lipides sanguins13.

De plus, leur faible indice glycémique pourrait avoir aussi un effet protecteur. Il a d’ailleurs été démontré que les aliments à indice glycémique élevé sont fortement associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires3.

Des données scientifiques en émergence indiquent aussi que les produits laitiers pourraient supprimer l'inflammation et le stress oxydatif, deux processus qui pourraient constituer des facteurs étiologiques clés dans le développement des maladies cardiovasculaires2.

De nouvelles données révèlent également qu'un apport élevé en vitamine K2 (ménaquinone), une vitamine contenue dans les produits fermentés tels que le fromage, pourrait avoir un effet protecteur contre les maladies coronariennes14.

Le fromage pourrait de plus jouer un rôle de protection grâce à son effet positif global sur les lipides sériques, particulièrement le cholestérol HDL15,16.

Conclusions

Il existe à ce jour des données scientifiques valables qu,i à tout le moins, soutiennent une absence d'association entre une consommation plus élevée de produits laitiers et un risque accru de maladies cardiovasculaires.

En fait, il existe des données scientifiques fiables en émergence suggérant qu'une consommation adéquate de produits laitiers, y compris des produits laitiers à teneur plus élevée en matières grasses tels que le fromage, pourrait réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Qui plus est, des études de grande qualité appuient l’idée selon laquelle les produits laitiers jouent un rôle bénéfique dans la prévention de plusieurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires tels que l'hypertension, le syndrome métabolique, le diabète de type 2 et l'obésité.

Il est nécessaire d'effectuer davantage d'études relativement aux effets des produits laitiers sur les maladies cardiovasculaires en tant que telles, notamment l'infarctus du myocarde, les maladies cardiaques ischémiques et la mortalité. De façon plus particulière, d'autres études devront évaluer le rôle des produits à pleine teneur en matières grasses par rapport à ceux à teneur réduite en gras, ainsi que celui des produits pris isolément, tels que le yogourt et le fromage.

Références

  1. Elwood PC et coll. The survival advantage of milk and dairy consumption: an overview of evidence from cohort studies of vascular diseases, diabetes and cancer. J Am Coll Nutr 2008;27(6):723S-734S.
  2. German JB et coll. A reappraisal of the impact of dairy foods and milk fat on cardiovascular disease risk. Eur J Nutr 2009;DOI: 10.1007/s00394-009-0002-5
  3. Mente A et coll. A systematic review of the evidence supporting a causal link between dietary factors and coronary heart disease. Arch Intern Med 2009;169(7):659-669.
  4. Elwood PC et coll. Milk drinking, ischaemic heart disease and ischaemic stroke II. Evidence from cohort studies. Eur J Clin Nutr 2004;58(5):718-724.
  5. Elwood PC et coll. Milk drinking, ischaemic heart disease and ischaemic stroke I. Evidence from the Caerphilly cohort. Eur J of Clin Nutr 2004;58(5):711-717.
  6. Elwood PC et coll. Milk consumption, stroke and heart attack risk: evidence from the Caerphilly cohort of older men. J Epidemiol Community Health 2005;59:502-505.
  7. Ness AR et coll. Milk, coronary heart disease and mortality. J Epidemiol Community Health 2001;55(6):379-382.
  8. Hu FB et coll. Dietary saturated fats and their food sources in relation to the risk of coronary heart disease in women. Am J Clin Nutr 1999;70(6):1001-1008.
  9. Appel LJ et coll. A clinical trial of the effects of dietary patterns on blood pressure. N Engl J Med 1997;336(16):1117-1124.
  10. Appel LJ et coll. Effect of dietary patterns on serum homocysteine: results of a randomized, controlled feeding study. Circulation 2000;102(8):852-857.
  11. Obarzanek E et coll. Effects on blood lipids of a blood pressure-lowering diet: the Dietary Approaches to Stop Hypertension (DASH) Trial. Am J Clin Nutr 2001;74(1):80-89.
  12. Levitan EB et coll. Consistency with the DASH diet and incidence of heart failure. Arch Int Med 2009;169(9):851-857.
  13. van Meijl LE et coll. Dairy product consumption and the metabolic syndrome. Nutr Res Rev 2008;21(2):148-157.
  14. Gast GC et coll. A high menaquinone reduces the incidence of coronary heart disease in women. Nut Metab Cardiovasc Dis 2008;doi:10.1016/j.numecd.2008.10.004.
  15. Hostmark AT et coll. Serum HDL cholesterol was positively associated with cheese intake in the Oslo Health Study. J Food Lipids 2009;16(1):89-102.
  16. Houston DK et coll. The association between cheese consumption and cardiovascular risk factors among adults. J Hum Nutr Diet 2008;21(2):129-140.

Mots-clé(s) : maladie cardiovasculaire, tension artérielle

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