Alimentation, maladies cardiovasculaires et mortalité : résultats d’une étude de cohorte prospective regroupant 80 pays

L’importance d’évaluer la qualité de l’alimentation est bien reconnue. À cet effet, une étude a généré un nouveau score de qualité de l’alimentation basé sur des données issues de 166 762 personnes provenant de 21 pays. Ce score a révélé d’importantes associations au risque de maladies cardiovasculaires et de mortalité.

Famille qui mangent des céréal

Une saine alimentation est un important facteur de risque modifiable dans la prévention et la gestion de nombreuses maladies non transmissibles, de l’incapacité et de la mortalité. Souvent, la relation entre les résultats de santé et l’alimentation est évaluée à l’aide de scores de modèles d’alimentation tels que les scores méditerranéen, DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension), Healthy Eating Index (HEI) 2010 et 2015 et, récemment, le score du Planetary Health Diet Index (PHDI), basé sur les recommandations de la Commission EAT-Lancet. Ces scores mettent généralement de l’avant les fruits, les légumes, les légumineuses, les noix et le poisson, et présentent des évaluations variables de la viande rouge, des produits laitiers et de certains types de gras. Cependant, plusieurs scores ne reflètent plus les données scientifiques récentes, notamment en ce qui concerne les produits laitiers entiers, dont les impacts sur les profils cardiométaboliques se sont révélés neutres ou bénéfiques. 

À cet égard, une étude visait à élaborer un score de qualité de l’alimentation en utilisant des données de l’étude PURE (Prospective Urban Rural Epidemiology), une cohorte épidémiologique regroupant 166 762 personnes âgées de 35 à 70 ans issues de la population générale de 21 pays à revenus faible, moyen et élevé sur 5 continents. Ce score a ensuite été appliqué à cinq cohortes d’études prospectives existantes, pour un total de 245 000 personnes issues de 80 pays. 

Le score de saine alimentation à 6 points a été dérivé de six catégories d’aliments qui ont toutes été associées à un risque plus faible de mortalité : fruits, légumes, légumineuses, noix, poisson et produits laitiers. Les résultats d’intérêt comprenaient les maladies cardiovasculaires, l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral, l’insuffisance cardiaque et la mortalité. Les analyses ont été ajustées pour les facteurs confondants potentiels tels que les facteurs liés aux habitudes de vie et les comorbidités. 

Principaux points à retenir de l’étude

  • Une alimentation saine contenant des fruits, des légumes, des légumineuses, des noix, du poisson et des produits laitiers entiers est associée à une diminution des risques de maladies cardiovasculaires et de mortalité.
  • Le nouveau score de qualité de l’alimentation à 6 points évaluant ces catégories d’aliments a révélé des associations plus fortes aux maladies cardiovasculaires et à la mortalité que les scores précédents comme les scores méditerranéen, HEI 2010 et 2015, DASH et PHDI.
  • Chaque hausse d’un point du nouveau score, un objectif réalisable, a également été liée à une réduction des maladies cardiovasculaires et de la mortalité.
  • Les auteurs de l’étude ont noté que ce score, qui ne considère que les aliments à encourager, renforce la nécessité d’axer les politiques et pratiques sur des recommandations positives et de cesser de miser sur une réduction de certains aliments/nutriments.

Sur la base de la consommation moyenne d’aliments par niveau de score de l’alimentation, l’alimentation « la plus saine » (score ≥ 5 points) comprenait 5 portions de fruits et légumes, 0,5 portion de légumineuses, 1,2 portion de noix, 0,3 portion de poisson, 2 portions de produits laitiers (dont 1,4 portion de produits laitiers entiers), 0,5 portion de viande rouge et 0,3 portion de volaille par jour.

Répartition des macronutriments dans l’alimentation « la plus saine » vs « la moins saine » (% de l’énergie totale)

 

Alimentation « la plus saine »
(score ≥ 5)

Alimentation « la moins saine »
(score ≤ 1)

Glucides

56 % 66 %
Gras total (gras saturés) 27 % (8,9 %) 20 % (6,3 %)
Protéines 17 % 13,5 %

Après une période de suivi médiane de 9,3 ans, la catégorie du « score le moins sain » a été comparée à celle du « score le plus sain ». Cette dernière a été associée à une réduction de l’incidence de 30 % pour la mortalité totale, 18 % pour les maladies cardiovasculaires, 14 % pour l’infarctus du myocarde, 19 % pour les accidents vasculaires cérébraux, 28 % pour la mortalité due aux maladies cardiovasculaires et 32 % pour la mortalité non due aux maladies cardiovasculaires. 

Chaque augmentation de point du score de saine alimentation, un changement réalisable, mais important, a été associée à une réduction du risque de mortalité totale (8 %), de maladies cardiovasculaires majeures (6 %), d’infarctus du myocarde (6 %), d’accidents vasculaires cérébraux (6 %), et de décès ou de maladies cardiovasculaires combinés (7 %). Ces associations étaient présentes à la fois chez les personnes qui avaient ou non déjà été atteintes d’une maladie cardiovasculaire.

L’analyse combinée des 5 études de cohorte prospectives a également révélé une diminution du risque de mortalité totale, de maladies cardiovasculaires majeures, d’infarctus du myocarde, d’accidents vasculaires cérébraux, et de maladies cardiovasculaires et de décès combinés, et ce, dans toutes les études. 

Les analyses comparant d’autres scores de l’alimentation ont révélé que les scores méditerranéen, HEI 2010, HEI 2015 et DASH, mais pas le score PHDI, présentaient également des associations bénéfiques par rapport aux résultats de santé mesurés. Cependant, le score PURE démontrait les associations les plus fortes par rapport à tous les résultats, comparativement à d’autres scores de l’alimentation, particulièrement le score PHDI. 

En plus de prendre en compte de nombreux aliments inclus dans d’autres scores de l’alimentation (p. ex., fruits, légumes, légumineuses, noix et poisson), le score PURE inclut les produits laitiers entiers, sur la base des données scientifiques les plus récentes. Par ailleurs, il est important de noter que le score PURE permettait de prédire les résultats dans toutes les régions du monde, alors que les autres scores ont principalement été étudiés dans des contextes occidentaux. De plus, le score PURE est le seul, parmi ceux qui ont été inclus, qui ne mentionne que les aliments protecteurs à encourager, plutôt que les aliments ou les nutriments à limiter. À la lumière de leurs résultats, les auteurs notent qu’une consommation inadéquate d’aliments sains constitue probablement un problème plus important que la surconsommation de certains nutriments, et que les orientations de nombreuses lignes directrices et recommandations en matière d’alimentation devraient être adaptées en conséquence. Fait important, ils remarquent également que certains nutriments couramment déconseillés, comme les gras saturés, sont consommés en plus faibles quantités dans l’alimentation « la moins saine » que l’alimentation « la plus saine ».

Dans l’ensemble, cette étude fournit des données robustes selon lesquelles une saine alimentation composée de fruits, de légumes, de noix, de légumineuses, de poisson et de produits laitiers entiers est associée à une diminution du risque de maladies cardiovasculaires et de mortalité dans toutes les régions du monde.

 
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