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L’alimentation durable : sa définition et son rôle dans la nutrition et la santé

Le concept d’alimentation durable n'est pas nouveau, mais il est complexe. Afin d'alléger le fardeau environnemental lié à l'alimentation, des habitudes alimentaires « plus durables » devraient être adoptés. Cependant, certains aspects nutritionnels, culturels, sociaux et économiques doivent être pris en considération.

Faits saillants

  • L'environnement n'est qu'un élément du concept de la durabilité – les aspects sociaux et économiques doivent également être pris en compte;
  • Une alimentation écologique n'est pas nécessairement bénéfique pour la santé, et vice-versa;
  • Éliminer les aliments d'origine animale tels que la viande et les produits laitiers pour ne consommer que des aliments d'origine végétale ne représenterait pas nécessairement la meilleure option.

Tous les systèmes alimentaires, à partir de la production de base jusqu’à ce que l’aliment se retrouve dans l’assiette du consommateur, dépendent d'une façon ou d'une autre des ressources naturelles que sont l'eau, le sol fertile et la biodiversité. Les systèmes alimentaires sont responsables d'environ 30 % de la consommation énergétique mondiale et de plus de 20 % des émissions de gaz à effet de serre totales1.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) définit les régimes alimentaires durables comme étant « des régimes alimentaires ayant de faibles conséquences sur l’environnement, qui contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi qu’à une vie saine pour les générations présentes et futures. Les régimes alimentaires durables contribuent à protéger et à respecter la biodiversité et les écosystèmes, sont culturellement acceptables, économiquement équitables et accessibles, abordables, nutritionnellement sûrs et sains, et permettent d’optimiser les ressources naturelles et humaines2 ».

Qu'est-ce qui rend une alimentation « durable »?

Il n’existe actuellement aucun consensus quant à ce qui constitue une alimentation durable. Bien que le concept d’alimentation durable ne soit pas nouveau, il demeure tout de même complexe.

La plupart des études soutiennent l’idée selon laquelle l’accroissement de la consommation de fruits et de légumes, tout en réduisant la consommation d'aliments d'origine animale, présente des avantages environnementaux3,4. Toutefois, la majorité des études ont uniquement examiné les émissions de gaz à effet de serre (un marqueur du changement climatique) comme indicateur de l'impact environnemental.

Or, en plus du changement climatique, les effets sur plusieurs autres aspects environnementaux, notamment l'utilisation du sol, l'empreinte en eau et la consommation d'énergie ou de combustibles fossiles, doivent également être pris en considération. De plus, on doit tenir compte d'autres aspects de la durabilité, y compris les facteurs sociaux et économiques, de même que la nutrition et la santé.

Une revue systématique réalisée en 2015 a évalué l'impact environnemental de changements de régime alimentaire. Parmi les différents scénarios examinés, une alimentation végétalienne – suivie par une alimentation végétarienne, une alimentation où la viande de ruminants était remplacée par du porc et de la volaille, ainsi qu'une alimentation « saine » (conformément aux lignes directrices alimentaires) – était la plus susceptible de réduire les émissions de gaz à effet de serre. De façon similaire, une alimentation végétalienne – suivie par une alimentation végétarienne et une alimentation « saine » – entraînerait la plus grande amélioration en ce qui a trait à la demande d'utilisation du sol4.

Dans une autre revue systématique publiée en 2015, on a conclu qu'une « évaluation beaucoup plus approfondie des impacts environnementaux, sociaux et économiques des aliments et des régimes alimentaires est nécessaire5 ».

Par ailleurs, une étude menée au Royaume-Uni a démontré qu'un modèle basé sur une alimentation regroupant seulement 7 aliments qui satisfont à l'ensemble des besoins énergétiques et en nutriments pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90 %. Cependant, ce modèle ne prenait pas en considération l’acceptabilité d’un tel type d’alimentation. Étant donné que les quantités de ces aliments étaient grandes et atypiques, les auteurs ont examiné un autre modèle qui tenait compte de l'acceptabilité. Dans ce scénario, plus réaliste, qui comprenait 52 catégories d’aliments, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 36 % sans que la viande ou les produits laitiers soient éliminés de l’alimentation, et sans que le prix payé par le consommateur n’augmente6.

S'appuyant sur les données de l'Australian National Nutrition Survey de 1995, Hendrie et coll. ont réalisé une étude de modélisation en vue d'estimer les émissions de gaz à effet de serre associées à divers modèles alimentaires7.

  • L'alimentation moyenne typique en Australie produisait le taux d'émission de gaz à effet de serre le plus élevé et fournissait la plus importante quantité d'énergie, tout en n'étant pas adéquate sur le plan nutritionnel;
  • Les produits qui n'étaient pas des aliments de base, comme les gâteaux, les biscuits, les croustilles, les desserts, les boissons gazeuses et les viandes industrielles, étaient responsables de 27 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l'alimentation;
  • Le modèle alimentaire conforme aux lignes directrices et celui qui répondait aux besoins minimaux en nutriments et en énergie étaient tous deux riches en nutriments et présentaient le plus faible taux d'émissions de gaz à effet de serre.

Une saine alimentation est-elle écologique?

Une alimentation écologique n'est pas nécessairement bénéfique pour la santé et vice-versa. Des données suggèrent que le fait d’augmenter sa consommation de fruits et de légumes tout en réduisant sa consommation d'aliments d'origine animale ne serait pas l'approche optimale sur le plan environnemental.

Dans une étude de cohorte prospective regroupant 40 011 participants issus de la cohorte néerlandaise de l'European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC), les émissions de gaz à effet de serre et l'utilisation du sol découlant d'une alimentation habituelle n'ont pas été associées à la mortalité toutes causes confondues ni à la mortalité par cause. Les auteurs ont aussi démontré que le remplacement de la viande – particulièrement par les catégories d'aliments légumes, fruits/noix/graines, poisson, pâtes/riz/couscous – était associé à un risque réduit de mortalité et à l'allègement du fardeau environnemental8.

Une enquête nationale française portant sur l'alimentation de 1 918 adultes a révélé que9 :

  • Lorsqu'elles étaient établies en fonction du poids des aliments (par 100 g), les émissions de gaz à effet de serre associées aux produits laitiers, aux plats combinés, au porc, à la volaille, aux œufs et au poisson étaient de deux à cinq fois supérieures à celles des fruits et des légumes;
  • Toutefois, lorsqu'elles étaient établies en fonction de la densité énergétique (par 100 kcal), les émissions de gaz à effet de serre associées aux fruits et aux légumes étaient 25 % plus élevées que celles associées aux produits laitiers et semblables à celles propres aux plats combinés, au porc, à la volaille et aux œufs;
  • De plus, après ajustement pour l'âge, le sexe et l'apport en énergie, il existait également une corrélation positive entre les fruits et les légumes et les émissions de gaz à effet de serre;
  • Peu importe que les EGES soient évaluées en fonction du poids des aliments ou de leur densité énergétique, la viande de ruminants était le groupe alimentaire produisant le plus d'émissions de gaz à effet de serre.

Après ajustement pour l'apport en énergie de modèles alimentaires français, on a également constaté que9 :

  • Une alimentation de qualité supérieure, comprenant plus de fruits et de légumes et moins de sucreries et de collations salées, étaient associés à un taux significativement plus élevé d'émissions de gaz à effet de serre;
  • À l'inverse, une alimentation de moins grande qualité qui supposaient de plus grandes quantités de sucreries et de collations salées étaient associés à un taux inférieur d'émissions de gaz à effet de serre.

Par ailleurs, de plus en plus de données suggèrent qu'une alimentation pauvre en viande et riche en fruits et en légumes pourrait ne pas avoir un plus faible impact sur l'environnement en raison de la quantité de substituts végétaux qui doivent être consommés pour remplacer les protéines d’origine animale et les calories3,10. Vieux et coll. ont d'ailleurs trouvé que lorsque la viande et les charcuteries étaient remplacées isocaloriquement par des fruits et des légumes, l'effet était nul ou le taux d'émissions de gaz à effet de serre augmentait10.

Certains enjeux relatifs à l'alimentation à base d’aliments d’origine végétale doivent également être pris en considération3,5,11 :

  • Une alimentation stricte à base d’aliments d’origine végétale pourrait ne pas être optimale, car elle nécessiterait des changements importants quant aux choix alimentaires typiques et présente des risques sur le plan nutritionnel;
  • La culture des légumes et des céréales nécessite un sol de qualité supérieure; or, certaines régions sont formées de terres de plus faible qualité, qui conviennent aux cultures de fourrage qui ne sont pas consommées par les humains;
  • La plupart des études indiquent que les aliments d'origine animale génèrent plus d'émissions de gaz à effet de serre que leurs homologues d'origine végétale, mais ces données ne s'appliquent pas aux fruits et aux légumes cultivés en serre;
  • Les fruits et légumes frais issus de cultures certifiées et durables ont tendance à coûter plus cher, ce qui représente un obstacle à l'adoption d'une alimentation saine et durable.

Autres facteurs à considérer en lien avec une alimentation durable

La surconsommation alimentaire a des effets néfastes sur l'environnement et la santé. La surconsommation crée une demande de production alimentaire inutile, ce qui entraîne une augmentation des émissions de gaz à effet de serre12.

De plus, le gaspillage alimentaire survient à tous les niveaux de la chaîne d’approvisionnement en aliments; on estime en fait que les pertes représentent de 10 à 40 % de la production5. Dans les pays développés, en particulier, le gaspillage alimentaire à l'échelle du détail et des consommateurs est un enjeu important13.

Conclusion

Une consommation moins élevée d'aliments d'origine animale pourrait être plus écologique. Toutefois, les données actuelles sont en grande partie fondées sur un seul indicateur, soit les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, d'un point de vue nutritionnel, culturel, social et économique, réduire ou éliminer les aliments d'origine animale ne serait pas la solution optimale.

Plus de recherches sont requises pour déterminer quels changements doivent être apportés à l'alimentation pour favoriser l'adoption d’une alimentation saine et durable qui est à la fois réalisable et acceptable.

Références

  1. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Aliments « énergétiquement intelligents » pour les gens et le climat. Rome, Italie. 2011.
  2. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Sustainable diets and biodiversity: directions and solutions for policy, research and action. Rome, Italie : FAO et Bioversity International. 2012.
  3. Reynolds CJ et coll. Are the dietary guidelines for meat, fat, fruit and vegetable consumption appropriate for environmental sustainability? A review of the literature. Nutrients 2014;6:2251-2265.
  4. Hallström E et coll. Environmental impact of dietary change: a systematic review. J Clean Prod 2015;91:1-11.
  5. Auestad N et Fulgoni VL III. What current literature tells us about sustainable diets: emerging research linking dietary patterns, environmental sustainability, and economics. Adv Nutr 2015;6:19-36.
  6. Macdiarmid JI et coll. Sustainable diets for the future: can we contribute to reducing greenhouse gas emissions by eating a healthy diet?  Am J Clin Nutr 2012;96:632-639.
  7. Hendrie GA et coll. Greenhouse gas emissions and the Australian diet: comparing dietary recommendations with average intakes. Nutrients 2014;6:289-303.
  8. Biesbroek S et coll. Reducing our environmental footprint and improving our health: greenhouse gas emission and land use of usual diet and mortality in EPIC-NL: a prospective cohort study. Environ Health 2014;13:27.
  9. Vieux F et coll. High nutritional quality is not associated with low greenhouse gas emissions in self-selected diets of French adults. Am J Clin Nutr 2013;97:569-583.
  10. Vieux F et coll. Greenhouse gas emissions of self-selected individual diets in France: changing the diet structure or consuming less?  Ecol Econ 2012;75:91-101.
  11. Clonan A et Holdsworth M. The challenges of eating a healthy and sustainable diet. Am J Clin Nutr 2012;96:459-460.
  12. Macdiarmid JI. Is a healthy diet an environmentally sustainable diet?  Proc Nutr Soc 2013;72:13-20.
  13. Reisch L et coll. Sustainable food consumption: an overview of contemporary issues and policies. SSPP 2013;9:7-25.

Mots-clés : durabilité , environnement , diète méditerranéenne


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